15 principes forgés en 35 ans de réflexion (et d’action)

Ou comment une philosophie de vie opérationnelle a fini par forger un solopreneur à la tête dure.

Hier soir, une discussion avec une amie a mis le feu aux poudres. On parlait d’honnêteté : la vraie, celle qui oblige à dire des vérités désagréables à des gens qu’on aime. Puis on a dérivé sur la gestion des problèmes, car j’avais lourdement rejeté son approche quelques jours avant. Parce que je n’accepte pas le défaitisme. Pas par optimisme béat, mais parce que baisser les bras est un luxe que je refuse de (me) permettre.

La vie est trop courte pour abandonner.

Cette conversation a été le déclencheur de cet article, mais la matière était là depuis longtemps. Presque 36 ans d’expériences, d’erreurs, de corrections, de remises en question. Au fil du temps, sans forcément le planifier, je me suis construit une philosophie personnelle, forgée par l’expérience et l’analyse du monde, pas par les livres ou les grandes théories.

Ce que je veux faire ici, c’est décrypter mon propre logiciel. Le mettre à plat, l’expliquer, le transmettre. Je ne révolutionne sûrement rien. Mais je pense avoir assemblé un système cohérent, applicable à notre époque, qui me permet de réussir ce que j’entreprends. Pas sans failles, pas sans micro-échecs. Mais avec une constance et une solidité que je n’imaginais même pas il y a quelques années.

Ce système repose sur 3 piliers. D’abord un socle : le rapport au réel, l’esprit critique, la capacité à voir le monde tel qu’il est sans se raconter d’histoires. Ensuite une méthode : comment agir concrètement, résoudre les problèmes, rester honnête, optimiser son temps. Enfin une posture : ce qu’on fait de tout ça dans le rapport aux autres, comment on crée, comment on transmet.

C’est brut. C’est personnel. C’est une recette qui marche pour moi. Ceux à qui ça parle sont libres de piocher ce qui leur plaît.

Voici 15 principes qui structurent ma manière de penser, d’agir et de créer.


Le socle : voir le réel tel qu’il est

Avant de parler de méthode ou de posture, il faut partir du terrain. Tout ce que je vais décrire repose sur une seule fondation : un rapport honnête avec la réalité. Pas de filtre, pas de confort intellectuel, pas de croyances qui arrangent. Juste les faits.

Aiguiser son esprit critique, pour de vrai

Pas juste en façade. Pas juste pour briller en société. Aiguiser son esprit critique, c’est d’abord se poser deux questions en permanence : est-ce que je sais, ou est-ce que je crois ? Et est-ce que j’ai de bonnes raisons de le penser ?

La réalité se fiche de ce qu’on pense. Seuls les faits comptent. En technique, c’est une évidence. Dans la vie, bizarrement, on l’oublie très vite.

Pour moi, ça a commencé par la religion. J’ai grandi dans un cadre catholique, et j’ai voulu y croire, sincèrement. Puis, entre 14 et 16 ans, j’ai commencé à challenger cette croyance. J’ai vu des incohérences, posé des questions sans jamais obtenir de réponse satisfaisante. Une en particulier : si Dieu nous a créés, qui a créé Dieu ? J’ai compris qu’on ne faisait que reporter le problème de la création à l’infini, et que ça ne tenait pas une seconde. À ça s’ajoutait la constatation des injustices sur terre : si un être tout-puissant existe et tolère tout ça, il ne mérite ni prière ni vénération. Je n’ai pas simplement quitté le catholicisme. J’ai rejeté le déisme dans son ensemble, balayant de fait l’intégralité des religions d’un revers de bras.

Mais le plus intéressant, ce n’est pas d’avoir quitté la religion. C’est la question qui a suivi : sur quels autres sujets m’a-t-on menti ? J’ai alors eu une courte période complotiste (environ 1 an) où j’ai exploré le paranormal, les extraterrestres, les fantômes, les esprits, et tout ce qui prétendait révéler des vérités cachées. À chaque fois que je creusais, je tombais sur du flan. Pas une seule preuve solide. Jamais. Retour à la case départ.

Alors j’ai tout réinitialisé. Ma manière d’appréhender les choses, de trier l’information, de décider ce que j’accepte comme vrai. J’ai commencé à ne pas croire sans preuve. Puis, à 24 ans, j’ai découvert la zététique via la chaîne Hygiène Mentale, puis La Tronche en Biais. C’est devenu une véritable routine d’hygiène mentale, justement. Et surtout, un soulagement : je n’étais pas seul à penser comme ça. D’autres avaient même formalisé une méthode pour le faire mieux. Prendre connaissance des biais cognitifs, faire de la métacognition (penser sur sa propre pensée), c’est à dire comprendre pourquoi on se trompe et comment l’éviter.

Étienne Klein a beaucoup compté dans ce processus. J’ai dû écouter une centaine de ses conférences sur YouTube. Elles se répètent parfois, mais ça m’a permis de m’imprégner de concepts fondamentaux et de vraiment terminer de recâbler ma pensée. Son esprit à la fois rigoureux et émerveillé devant la beauté de la physique m’a profondément parlé. J’ai même lu un de ses livres, alors que je lis très peu.

En technique, l’esprit critique se traduit très concrètement. Beaucoup de gens pensent que payer plus cher signifie être mieux sécurisé, parce qu’ils achètent Microsoft ou AWS. Ou que le propriétaire est plus fiable que l’open source. Biais d’engagement, biais des coûts irrécupérables, argument d’autorité : on baigne dedans sans le voir. L’esprit critique n’est pas un luxe intellectuel. C’est un outil du quotidien, utile en technique, mais aussi dans toute une vie.

Aller au fond des choses

Repartir de zéro. Tout reprendre de A à Z. Ne pas avoir peur de poser des questions d’enfant. Einstein lui-même disait poser des questions d’enfant avec un cerveau d’adulte (je le sais là aussi grâce à Etienne Klein). C’est on ne peut plus sain comme démarche.

J’ai détesté l’école. C’est l’ennui le plus profond que j’ai connu de ma vie, une véritable torture. On me présentait des résultats finis sans le processus de pensée, des informations arbitraires sans explication du « pourquoi ». Je savais qu’il fallait que je réussisse, mais l’information ne rentrait pas, et plus jeune, je ne comprenais pas pourquoi.

Le système scolaire a fini par me faire croire que j’étais nul. J’ai réussi tant bien que mal, en fournissant l’effort minimal face à cette torture. La cause s’est pourtant avérée évidente par la suite : j’avais besoin de motivation, et d’explications complètes. Pas d’informations données comme des vérités tombées du ciel.

J’ai ensuite compris que j’apprenais mieux seul, en reprenant toute la chaîne de chaque sujet de A à Z, sur des sujets ayant une utilité concrète pour moi. Aucune porte n’était fermée : je pouvais apprendre tout ce que je voulais. Mais pas ce que je ne voulais pas. Parfait.

Pour le bac, j’ai repris tout le programme seul via internet pour pallier mes cours mal écrits et mal organisés. Résultat : bac obtenu contre l’attente de mes profs, presque avec une mention (si j’avais relu cette question de proba correctement, me coûtant 2,5 points sur 20 avec un gros coefficient, j’aurais largement eu le dixième de point global manquant).

C’est plus précisément lors de mes études supérieures, au SAE Institute, que j’ai eu la confirmation. J’excellais quand les intervenants étaient passionnés, que les explications étaient complètes, et surtout que le sujet m’intéressait. Parmi les rares diplômés sans rattrapage, parmi les meilleurs. Avec des efforts qui venaient naturellement lorsque nécessaire. J’avais commencé à me connaître.

Un point à retenir ici : la vie n’est pas une ligne droite. Ça peut être sinueux, et il faut parfois du temps pour se connaître et trouver les recettes qui fonctionnent pour soi. Ce dont on a besoin pour avancer. Avant ça, on n’y voit pas très clair sur ce que l’on vaut, ce que l’on peut faire, ce que la vie a à nous offrir. D’où l’importance de rester patient.

Cette approche, celle de comprendre chaque sujet en profondeur plutôt que d’en survoler la surface, s’applique partout. En informatique, comprendre entièrement le fonctionnement d’un PC et de chaque composant, en faisant des analogies avec le corps humain, me permet de ressentir la charge d’un serveur et d’optimiser efficacement. Quand je conduis, ça me permet d’éviter les pratiques qui font souffrir la boîte de vitesse, ou souffrir un moteur froid. Quand un vaccin ARN débarque, je comprends rapidement de quoi on parle. Bref, ça aide tous les jours.

Mais il faut aussi savoir s’arrêter de réfléchir. Quand on a l’impression d’avoir fait le tour, ou qu’on a assez d’éléments utiles pour son besoin réel, il est temps de décider et d’avancer. L’analyse sans fin est aussi un piège.

Questionner les codes sociaux, traditions et tabous pour mieux se libérer

Dès le CP, vers 5 ou 6 ans, je perçois l’artificialité de certains codes. Ça m’intrigue, voire m’agace de ne pas trouver d’explication logique.

Prenons un exemple basique : s’habiller. Pourquoi s’habille-t-on ? Pourquoi n’accepte-t-on pas nos corps ? Pourquoi cacher ce qu’on a tous ? La question s’est reposée plus tard quand j’ai appris l’existence des naturistes. J’ai fini par juger les vêtements utiles, voyant en pratique la perversion ambiante, mais on est en droit de se demander si cette perversion ne viendrait pas du tabou originel. L’œuf ou la poule.

Et au-delà des vêtements, pourquoi aller aux toilettes, péter, roter est-il tabou ? Pourquoi la sexualité est-elle tabou alors que c’est un besoin quasi universel ? Cette fausseté ambiante me dérange profondément. Un presque rejet de notre humanité. Basé sur des codes arbitraires.

Enfant, je trouvais déjà bizarre l’engouement collectif. Je détestais Pokémon à sa sortie. Il m’a fallu du temps pour accepter Harry Potter (je n’ai d’ailleurs jamais vu les derniers films). Les jeux de billes et autres modes de cour de récré me laissaient perplexe, même si j’ai fini par m’y mettre par conformisme. J’étais un enfant, je me pardonne.

En grandissant, ça s’est précisé. En musique, j’ai rejeté la variété, recherchant des sons plus travaillés, plus surprenants. Car la bonne musique, c’est aussi la surprise, le contraire du prévisible et du facile. Je n’ai jamais compris l’engouement massif pour le football (à la limite pour les vrais joueurs réguliers, d’accord, mais les autres ?), préférant regarder des matchs de jeux vidéo compétitifs que je pratiquais moi-même, permettant de saisir toutes les subtilités et de m’en inspirer pour progresser. Les modes, de manière générale, m’ont toujours agacé et je continue de les trouver stupides, au point où j’ai parfois du mal à trouver des vêtements qui me conviennent au fil des saisons et des tendances changeantes.

Les tatouages, aussi. Je ne comprends pas le besoin de se modifier la peau pour y afficher un message important. Surtout quand la majorité des gens prétendent que c’est « juste pour eux », alors qu’au fond, ils sont inévitablement sensibles à l’image renvoyée et à l’imaginaire auquel ils se soumettent.

Il y a aussi toutes ces traditions qui ont perdu leur sens : manger du poisson le vendredi, s’interdire certains aliments, jeûner par obligation, fêter Noël tous à la même date. On fait ces choses par habitude ou par peur du changement, ce qui les rend plutôt abrutissantes. Ça pollue notre attention et nous fait oublier des valeurs plus profondes comme la création ou l’entraide.

Plus grave encore : l’alcool. En France, c’est socialement « normal » de boire à toutes les occasions. En prenant conscience de cette injonction, j’ai réduit ma consommation de 90%. Elle est désormais exceptionnelle, comme elle aurait toujours dû l’être.

Et puis il y a quelque chose de plus insidieux encore : la culture de la flemme. Le fait de se « poser » 90% du temps, d’en faire une fierté. La fierté d’ignorer, de ne pas s’intéresser, de ne pas chercher à comprendre. Tout ça est accepté socialement, voire encouragé, et c’est selon moi délétère pour la société. On normalise la passivité là où la curiosité et l’action devraient être la norme.

Tout ça peut sembler sans gravité pris séparément. Mais à l’arrivée, rejeter ces injonctions m’a rendu bien plus libre. Certains codes sont utiles. Beaucoup sont plus néfastes qu’on ne le pense. L’important, c’est au minimum de se poser la question.

Le réel est déjà beau

Avoir les pieds sur terre, voir la réalité telle qu’elle est, ce n’est pas une malédiction. C’est le contraire.

Le monde est déjà impressionnant sans ésotérisme. Pas besoin de paranormal pour s’émerveiller : la physique, la biologie, la complexité du vivant suffisent largement. On peut trouver de l’impressionnant partout sans jamais avoir besoin de surnaturel.

Pour savoir où donner de la tête dans un monde saturé d’informations, il faut un moyen de la trier.

Le rasoir d’Ockham est un bon point de départ : entre plusieurs explications, privilégier la moins coûteuse en hypothèses. Ça ne veut pas dire qu’elle est forcément correcte. Ça veut dire qu’on évite de se polluer l’esprit avec des considérations inutiles, décorrélées de toute réalité, pour mieux se concentrer sur ce qui tient la route. Et surtout, avant de chercher à expliquer un phénomène, encore faut-il s’assurer qu’il existe réellement. Toute la pensée critique repose là-dessus.

Une fois qu’on a intégré ça, le monde ne devient pas moins intéressant. Il devient plus intéressant, parce qu’on s’émerveille de ce qui est réel plutôt que de ce qu’on imagine.


La méthode : agir avec lucidité

Voir le réel, c’est le socle. Mais ça ne suffit pas. Il faut ensuite savoir quoi en faire au quotidien. Voici le cadre que j’ai construit au fil des années, d’abord dans la vie, puis naturellement dans le boulot.

Toujours être honnête

Pour le meilleur comme pour le pire. Car mentir, c’est contre-productif. Et oui, j’ai fait le calcul.

Mentir, c’est de l’énergie additionnelle. C’est une gestion de filtres permanente, c’est devoir se rappeler de ses propres mensonges, c’est cacher la réalité à des gens qu’on est censé respecter. Or respecter quelqu’un, c’est le penser capable de comprendre et d’accepter la vérité. C’est aussi risquer de perdre la confiance, et perdre du temps à tourner autour d’un problème au lieu de le résoudre. Tout ça se calcule clairement.

La discussion d’hier avec mon amie portait exactement là-dessus : l’honnêteté entre proches, c’est aussi dire des vérités désagréables. Ce n’est pas toujours confortable. Mais c’est la première manière de réellement aider quelqu’un.

L’honnêteté a aussi une vertu de filtre. Je ne m’embarrasse pas de gens incapables d’accepter ce que je pense. Qu’on soit en désaccord, qu’on argumente, qu’on essaie de me faire changer d’avis : je l’encourage. Mais il faut accepter que je dise ce que je pense. Ceux avec qui ça ne passe pas finissent par passer leur chemin, et c’est tant mieux. L’entourage se purifie naturellement.

Côté pro, j’ai sûrement perdu des contrats en évitant de survendre du rêve. Et je continuerai ainsi. Les contrats construits sur des promesses honnêtes durent plus longtemps que ceux construits sur du vent.

Être intègre

Rester la même personne quel que soit son interlocuteur. Pas de faux-semblants. C’est ça, un vrai gage de confiance.

J’ai souvent observé ce décalage chez les gens : un ton entre collègues, un autre en « mode appel client ». Ça m’a toujours paru bizarre. En tant que solopreneur, j’ai le luxe de choisir mon ton. Et le ton que j’ai choisi, c’est le mien, tout le temps. Je parle à mes clients comme à mes amis. On est partenaires, dans le même bateau. On connaît nos objectifs propres et communs. Inutile de jouer un rôle.

Si on peut se tutoyer pour enlever des barrières, c’est mieux. Je tutoie un maximum de monde, car je n’aime pas cette hiérarchisation artificielle. Je me plie à la norme quand je n’ai vraiment pas le choix, mais je l’évite dès que possible.

Ça passe ou ça casse. Mais au moins, je peux me respecter quand je me regarde dans le miroir. Comme le fait d’éviter le mensonge, l’intégrité est aussi un gage de tranquillité d’esprit. On évite la pollution mentale, on optimise son temps de cerveau disponible. Parfois on peut passer pour un gros con, et tant pis. Je l’assume.

Appliquer en privé ce qu’on défend en public, et vice versa, sans double discours : c’est non négociable.

Traiter les problèmes un par un

La vie est un nid à problèmes. Mieux vaut les résoudre avec méthode.

Je me suis souvent dit que je n’étais pas plus intelligent que les autres, juste plus persévérant. Le secret, si c’en est un, c’est de ne pas s’exciter. Rester calme, prendre les sujets un par un, et avec suffisamment de patience on finit toujours par trouver un chemin.

Mais attention : même les problèmes secondaires méritent d’être traités, car sinon ils s’accumulent et finissent par former des problèmes bien plus gros. Tenter d’atteindre la perfection en résolvant chaque problème méthodiquement est un idéal qui vaut la peine d’être poursuivi, même si en pratique il restera toujours des imperfections. En visant la perfection, on atteint le « bien » c’est ce qu’on cherche. En cherchant le « bien » et en laissant des problèmes à tous les étages, on n’atteint que le médiocre.

Quand j’ai monté mon premier serveur web sous ESXi (VM Debian, IP failover, nom de domaine), toutes ces notions m’étaient inconnues. J’ai fait pas mal d’erreurs, j’ai recommencé en boucle jusqu’à être satisfait. Ça m’a pris ~5 jours à très peu dormir. Sans cette persévérance, je n’aurais pas fait ma carrière. Mais même avant ça, ce sont des jours à démonter et remonter des PC, à réinstaller et optimiser Windows, à tester Linux, à faire plein de petites expériences sans savoir où elles me mèneraient. Au final, ça a payé.

Aujourd’hui, en sysadmin, résoudre des problèmes c’est le quotidien. Un bug qu’un développeur ne comprend pas, une limite atteinte, un nouveau type d’attaque. L’expérience et la patience débloquent tout.

Mais notre énergie n’est pas infinie, et résoudre des problèmes coûte en effort, en temps, en attention. Il faut aussi choisir ses combats. Certaines situations sont hors de portée. La dépression chez des gens que je croise, par exemple : ça me peine sincèrement, mais si je m’y attarde trop, je finis par me plomber moi-même sans pouvoir mieux aider. On ne peut pas gérer toute la misère du monde. Par contre, on peut résoudre ses propres problèmes pour avancer sur ses objectifs, et par extension contribuer à ceux d’un maximum de personnes. C’est le principe de la spécialisation : chacun son rôle, chacun son domaine, et c’est en étant solide sur le sien qu’on aide le mieux les autres.

Face aux problèmes, pas de lamentations, pas de panique : juste du calme et de la précision.

S’accrocher avec détachement

Deux notions antinomiques, et pourtant.

C’est du stoïcisme pur. Mon prof de lycée m’a marqué avec ça : prendre la responsabilité de ce dont on a le contrôle, mais accepter ce qu’on ne contrôle pas. La frontière entre les deux est la clé de tout.

Tant que j’ai les clés en main, je ne lâche pas. Faire perdurer mon entreprise actuelle, par exemple : je sais que ça dépend de moi, je sais que je peux le faire, et je le fais depuis le premier jour puisque j’en vis. J’y passerai les jours, nuits, semaines, mois et années qu’il faut. Quand j’ai vraiment un truc en tête, on ne peut pas me l’enlever.

Mais on n’a rien sans rien. Si on n’essaie pas, on n’accède à aucun succès. L’échec fait partie du processus. J’ai lancé ma première auto-entreprise à 19 ans sans rien connaître au business. Je me suis planté. Ce n’est pas grave. Il y a 2 ans, j’avais pris un énorme serveur pour des offres Nextcloud, surdimensionné par rapport à la demande réelle. J’ai dû voir plus petit. On ajuste, on avance, voilà.

Quand en revanche ça ne dépend plus de moi, il faut savoir lâcher prise. Typiquement, sur le projet d’un client : je fais tout ce que je peux pour transmettre les infos, conseiller, alerter. Mais si le client ne suit pas mes recommandations et se plante, ça va m’agacer 10 secondes, et je passe à autre chose. L’énergie investie dans ce qu’on ne contrôle pas est de l’énergie perdue.

Si certains savaient les épreuves que j’ai traversées rien qu’en 3 ans, ils se demanderaient comment j’ai tenu. J’ai pris mes responsabilités, j’ai compris ce qui dépendait de moi. Et ce faisant, je suis devenu, contre ma propre attente, quelqu’un de solide, de confiance, sur qui on se repose. Je me suis découvert une constance que je n’imaginais pas.

Il reste les fatalités. Un échec amoureux, la mort d’un proche. Ce sont les seules choses qui me font parfois pleurer. Cette sensation révoltante d’injustice face à ce qu’on ne peut ni empêcher ni réparer. Mais quand bien même, j’avance. Parce qu’il le faut. On s’accroche pour faire le maximum, on ne se lamente pas, on corrige si on peut, et si on ne peut pas, on passe à la suite le plus vite possible.

La vie est trop courte pour abandonner. Elle est aussi trop courte pour la passer à regretter ce qu’on ne contrôle pas. Honorer nos morts, c’est continuer à vivre sans les oublier. Honorer la vie, c’est faire son maximum en toute circonstance.

Être pressé au bon moment

Optimiser ce qui peut l’être, pour conserver son temps sur ce qui compte.

Je serais du genre à marcher vite pour aller m’allonger dans l’herbe à écouter de la musique… Se dépêcher de trouver le calme. Car marcher, en soi, je trouve ça fastidieux, peu enrichissant, donc je marche vite. Parfois, je prends la voiture, pour maximiser le temps passé sur place. L’idée, c’est de ne jamais gaspiller du temps ou de l’énergie sur des futilités pour le garder sur ce qui a de la valeur : les échanges humains, la réflexion, la création. Optimiser son temps à faire des courses pour profiter de tâches plus fun. Optimiser ses choix de vêtements pour éviter le repassage. Optimiser chaque petite action, chaque minute, à l’arrivée, fait une énorme différence.

J’ai toujours fonctionné comme ça, mais le passage à 35 ans a accentué le trait. J’ai réalisé que potentiellement, j’avais atteint au moins la moitié de ma vie. On est mortels. Autant accomplir le plus possible de ce qui compte.

En technique, c’est pareil. J’automatise tout ce qui peut l’être. Le débannissement d’IP est automatique. Les clients commandent via un portail avec facturation automatique. Je les encourage à payer en annuel avec 2 mois offerts, ce qui fait 11 factures par an et par client en moins à gérer en comptabilité. Tout ça me libère du temps pour ce qui compte vraiment : résoudre les vrais problèmes, prendre 1h au téléphone pour discuter business, évolutions, vie, et choses humaines, plutôt que de m’enliser dans des futilités techniques.

En somme, j’optimise le rébarbatif pour garder le temps intellectuel et humain.

La rigueur comme sécurité

Gouverner, c’est prévoir.

S’attarder sur les sujets et les projets jusqu’à être suffisamment sûr de soi est une arme redoutable. Attention, on ne parle pas d’attendre la perfection pour agir, mais prendre le temps de creuser assez pour éviter les grosses bourdes stratégiques, les situations délicates qu’on aurait pu anticiper.

C’est un prolongement naturel du stoïcisme : prévoir le pire, non pas pour se paralyser, mais pour s’en protéger quand c’est possible. Si j’ai envisagé l’échec avant de me lancer, je sais déjà comment réagir s’il se produit. Si j’ai vérifié trois fois avant de valider, je dors tranquille.

Un avertissement cependant : ce conseil n’est pas pour tous. Prévoir le pire en permanence peut altérer la qualité de vie, le plaisir, le bonheur. C’est un sacrifice réel. Moi, je l’ai fait depuis longtemps, parce que ça m’arme contre les difficultés de la vie et que ça me permet de réussir à coup sûr (ou presque) ce que j’entreprends. Mais libre à chacun de choisir son curseur entre insouciance et vigilance. L’important, c’est de le placer en connaissance de cause.

Réfléchir pour simplifier

Réfléchir, c’est bien. Mais il ne faut pas oublier de réfléchir à simplifier.

La simplification, c’est l’aboutissement de tout le reste. Car avec l’expérience, on simplifie naturellement. Un nouveau sujet semble complexe au départ, il y a plein de choses à penser. Puis non seulement ça devient naturel, mais on va petit à petit éliminer les détails inutiles pour ne garder que l’essentiel. On finit par faire des choses complexes comme on change de chemise.

Je m’en suis rendu compte concrètement le jour où j’ai voulu écrire ma procédure d’installation de serveur. En la formalisant, j’ai découvert que j’avais une centaine d’étapes manuelles à exécuter. Pour moi c’était « simple », tellement j’avais intégré chaque notion. Mais en posant tout à plat, j’ai réalisé à quel point j’avais absorbé des couches de complexité sans m’en apercevoir.

C’est la même chose quand on résume un livre ou un film en quelques phrases. Garder l’essence, élaguer, transmettre un message clair. Que ce soit pour communiquer ou pour soi-même : se bouffer toute une documentation pour n’en utiliser que le 1% utile.

L’IA peut d’ailleurs aider là-dessus aujourd’hui, en accélérant ce travail de tri et de synthèse. Mais attention, sans avoir fait le processus de simplification soi-même, on saute l’étape critique qui consiste à s’imprégner de l’essence de l’information.

La simplification, c’est la preuve qu’on a compris un sujet. Et c’est le pont entre la réflexion et l’action efficace au quotidien.


La posture : créer et transmettre

Après tout ça des questions centrales se posent : quel peut être notre rapport aux autres ? Et quelle trace laisse-t-on ?

Faire pour permettre

Faire danser, plus plaisant que danser soi-même ?

J’aime les choses simples, tout en étant imperméable à certaines d’entre elles. Danser ne me procure aucun plaisir. Quand je voyage, je préfère aller dans des espaces créatifs ou en pleine nature, juste pour découvrir, écouter. C’est ça qui me fait me sentir en vie.

Pour moi, le plaisir est d’abord intérieur. Créer, offrir, faire profiter les autres surpasse le simple fait de profiter des choses soi-même. Je ne le choisis pas, je suis juste comme ça. C’est presque une forme d’altruisme.

J’ai une formation d’ingénieur du son : homme de l’ombre qui permet de passer un bon concert. Je suis aussi musicien, batteur principalement. J’adore faire danser les gens, que ce soit sur scène ou derrière la console. Donner ce plaisir à ceux qui l’apprécient me procure une grande satisfaction. Mais danser, moi ? Non merci. Quand j’écoute de la musique, c’est une jubilation intérieure qui me fait voyager mentalement plus que bouger physiquement. (C’est bien sûr une autre histoire derrière une batterie.) Et à l’inverse, quand la musique est mauvaise, c’est une véritable torture.

J’aime être un facilitateur. Celui qui fabrique le marteau plutôt que celui qui l’utilise. Aujourd’hui, mon métier d’hébergeur web suit la même logique : je fournis les outils qui permettent à des agences, des associations, des indépendants de faire éclore leurs projets. Je leur donne les moyens, ils construisent.

Au fond, vivre pour moi ne me suffit pas. À l’échelle d’une seule personne, on ne vaut pas grand-chose. Le but, c’est de construire plus grand que soi. Chaque outil que je rends transparent, chaque explication que je prends le temps de donner contribue à quelque chose de plus large. Certains disent que l’altruisme pur n’existe pas : même dans le don, on y trouve son compte. Je tends à être d’accord, et ça ne me dérange pas du tout.

Partager la connaissance

La connaissance ne vaut que si elle est partagée. Je ne suis pas avare d’explications pour ceux qui veulent apprendre.

Tout part de la curiosité. Ce n’est pas un vilain défaut, c’est la base de la soif de connaissance, du progrès. C’est la seule chose qui puisse nous faire avancer. Sans progrès, je ne serais pas en train de raconter ma vision à une intelligence artificielle pour en améliorer la forme (j’avoue tout, Claude est passé par là… mais c’est bel et bien moi qui ai passé des heures à poser mes idées).

Tout ce qu’on apprend dans une vie finit par être utile un jour. Il y a des années, j’ai contribué à LinuxGSM, un ensemble de scripts pour gérer des serveurs de jeu. J’en suis devenu le 2e contributeur, bénévolement. Qui aurait cru que ça me servirait professionnellement ? Et pourtant, c’est aussi ça qui a orienté ma carrière d’aujourd’hui.

Dans mon métier, la transparence est un pilier. Les outils que j’utilise sont documentés, les mesures de sécurité détaillées, je communique sur tout. Ça rassure les clients, ça change des solutions opaques, et c’est aussi un moyen de prouver sa compétence. Personnellement, je déteste le mystère. Tu veux savoir comment je fais ? Je t’explique le principe, parfois même si tu es un concurrent, car je préfère un écosystème sain qu’un écosystème dans lequel je dominerais seul.

Je forme les gens sur WordPress, Plesk, Nextcloud, Docker. L’autonomie fait sens quand il est plus rapide de faire soi-même que de demander à quelqu’un. L’édition basique d’un site, la création d’adresses email, l’utilisation d’une suite collaborative : tout ça, les clients peuvent le faire eux-mêmes en un rien de temps. Mon rôle est de guider, pas de tout faire à leur place.

Avec le temps, je vois aussi les limites. La gestion DNS, par exemple : très peu parviennent à comprendre, alors j’exécute, car c’est plus rapide pour des besoins rares et ponctuels. Certaines personnes n’ont pas envie d’apprendre certains sujets, et c’est normal. La délégation est faite pour ça, et le but c’est de s’entraider.

Faire avec passion

La passion est une source d’énergie infinie, pas une faiblesse.

Beaucoup de sujets me passionnent : les sciences, l’anthropologie, l’informatique, la musique, le cinéma, pour ne citer qu’eux. Quand un sujet me parle, je m’y plonge naturellement, les efforts viennent tout seuls, et les résultats suivent. La passion permet des pics de productivité que j’exploite, et elle aide à tenir dans les moments difficiles. C’est un carburant que rien ne remplace.

À l’inverse, admettre qu’un sujet ne nous intéresse pas n’est pas un aveu d’échec. C’est une opportunité de rester focalisé sur ceux où l’on excelle. L’histoire, les collections en tous types, et globalement tout ce qui n’a pas d’impact immédiat ou potentiel dans ma vie ne m’intéresse pas. Je peux m’intéresser à un fait historique qui éclaire des réalités concrètes, mais pas au sujet dans l’ensemble « par principe ». Ce n’est ni de la fermeture d’esprit ni de la paresse, c’est mon fonctionnement naturel, que j’ai accentué pour une raison simple : le focus.

Parfois les projets de vie et pros et les passions peuvent s’entremêler ou rentrer en conflit, et il faudra faire des choix. Par exemple, la musique, c’est ma passion la plus profonde. Mais il faut presque s’ennuyer pour bien créer. Or, depuis que j’ai mon entreprise, je suis occupé au point où j’ai quasi stoppé la création musicale, et ça me peine un peu. Mais tout n’est pas perdu, je persiste à jouer de la musique dans mon coin ou en jam, et je garde au fond l’envie de libérer du temps pour me remettre à créer. Le projet « musique » pourrait revenir sur le devant de la scène (littéralement), qui sait. Une passion ne s’en va pas aussi facilement, et quand elle procure de l’utilité voire du plaisir, c’est tant mieux !

Cultiver la différence (et non l’indifférence)

Sortir des normes est souvent bénéfique. C’est l’occasion de remonter le niveau. Oui, c’est limite hautain. Et je m’en fiche. Si ça me vaut d’être taxé d’arrogant, je l’assume.

Car le vrai sujet, ce n’est pas la hauteur, c’est la norme. La norme est nulle. Ce n’est pas un modèle, c’est précisément ce que l’on doit fuir. Sans même parler de tout ce qui est en dessous. Connaître ses défauts, identifier ceux qu’on veut corriger et ceux avec lesquels il faut composer, faire de son mieux : ça devrait être la base. Ça ne l’est pas.

Une idée fondamentale que j’ai apprise : il faut toujours se comparer aux meilleurs pour se tirer vers le haut, pas à la norme ou au pire. C’est comme ça qu’on progresse. Et oui, notre entourage détermine pour beaucoup notre résultat final. Entourez-vous d’ambitieux, de gens qui ressemblent à ce que vous voulez être, c’est ainsi que vous progresserez ensemble.

La plupart de ce que j’ai décrit dans cet article me semble évident, et parlera je pense à beaucoup. Mais combien sommes-nous à réellement appliquer ces préceptes avec rigueur ? C’est là que la différence joue.

Il faut peut-être être un peu différent pour entreprendre. Pour oser se lancer seul face à des mastodontes. Je fournis des hébergements plus sécurisés, plus rapides, avec un meilleur support que des géants pesant des milliards.

La norme est nulle. Et ceux qui refusent de s’y conformer sont ceux qui la relèvent. Restez atypique, cultivez votre différence, tant qu’elle est réfléchie pour être meilleure que la norme.


Conclusion : Rigueur, focus, curiosité : dépolluez votre esprit

En relisant tout ça, un fil rouge saute aux yeux : se dépolluer l’esprit. Le mensonge pollue, le double discours pollue, les codes sociaux inutiles polluent, la flemme pollue, les croyances non vérifiées polluent. Chacun de ces préceptes, à sa manière, revient à éliminer du bruit pour garder le signal. Libérer du temps de cerveau pour ce qui compte vraiment.

Ce n’est pas une philosophie du renoncement. C’est le contraire : en simplifiant ce qui peut l’être, on se donne les moyens d’aller plus loin sur ce qui en vaut la peine. On ne cherche pas à ajouter, on enlève le superflu. Et on creuse vraiment les sujets, car la simplicité après la complexité n’est pas la même que la simplicité d’avant. Elle est plus solide, plus consciente, plus utile. C’est celle de quelqu’un qui a traversé la complexité et qui en est ressorti avec l’essentiel.

Étienne Klein a dit, dans une interview de mai 2016 : « Les choses auxquelles on n’a jamais réfléchi sont toujours évidentes. C’est quand on y réfléchit qu’elles deviennent plus complexes. »

C’est vrai. Mais il manque la suite : une fois qu’on a traversé la complexité, on retrouve la simplicité. Et celle-là, personne ne peut nous l’enlever.

Si tout ça vous semble évident, réfléchissez-y davantage. Et si après réflexion ça vous semble toujours évident, c’est peut-être que vous êtes prêts à l’appliquer.

Je vous souhaite une belle réussite.

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